Travailler de l’autre côté de la frontière est une opportunité professionnelle… mais aussi un casse-tête quand il s’agit de préparer sa retraite. Au-delà de la pension de base, chaque pays dispose de systèmes de retraite complémentaire – parfois obligatoires, parfois facultatifs – qui peuvent faire une réelle différence sur votre niveau de vie une fois à la retraite.
Allemagne, Belgique, France, Luxembourg, Suisse : des règles différentes, des avantages fiscaux variés et des modalités de sortie qui ne se ressemblent pas. Dans cet article, on vous explique simplement comment fonctionnent ces pensions complémentaires, ce que vous cotisez et comment vous serez payé le moment venu.
Allemagne
La Betriebsrente, ou retraite d’entreprise en Allemagne, constitue un élément clé du 2e pilier pour les frontaliers, mais elle reste facultative et non obligatoire, contrairement à la pension de base de la Deutsche Rentenversicherung. Elle est mise en place par l’employeur via divers mécanismes comme la Pensionskasse, la Direktversicherung ou les Pensionsfonds, souvent négociée dans les conventions collectives sectorielles, et permet de compléter les droits acquis pour maintenir le niveau de vie post-retraite.
Mécanisme de cotisation
Les cotisations à la Betriebsrente sont prélevées directement sur le salaire brut du salarié, avec une exonération d’impôts (si absence de statut frontalier, sinon de toute façon pas d’impôt en Allemagne) et de cotisations sociales sur la partie concernée partagées généralement entre employeur et employé. En cours de vie du contrat, les versements s’accumulent par capitalisation, sans interruption possible sauf cas exceptionnels comme invalidité.
Modalités de sortie
À la retraite, la sortie de la Betriebsrente s’effectue principalement sous forme de rente viagère à vie, imposable en France pour les résidents fiscaux français conformément à la convention bilatérale, bien qu’une sortie partielle en capital (20-30%) soit parfois possible selon le contrat. Les rentes sont calculées sur les points acquis (Entgeltpunkte) et versées mensuellement.
Belgique
La retraite complémentaire en Belgique, ou 2e pilier, fonctionne comme une épargne supplémentaire mise en place par votre employeur ou votre secteur professionnel. Ce n’est pas obligatoire partout en Belgique, mais c’est souvent prévu dans les accords d’entreprise ou de branche, et les frontaliers qui travaillent là-bas y sont généralement inclus pour booster leur pension de base.
Chaque mois, une petite partie de votre salaire (entre 1,5% et 8% environ) est mise de côté pour cette épargne.
C’est surtout l’employeur qui paie (souvent 70% à 100%), et votre part est prélevée directement sur votre fiche de paie. À cela s’ajoutent deux taxes : 3,55% pour l’INAMI (qui finance la santé) et 0 à 2% de solidarité (selon le montant total). Pendant que vous travaillez, cet argent est placé. Vous pouvez changer d’employeur sans perdre cet argent : il est transféré automatiquement. Impossible de le retirer avant la retraite, sauf en cas de maladie grave ou décès.
Dès 65 ou 66 ans, vous récupérez tout sous forme de somme unique ou de paiements mensuels à vie (la « rente »). Pour le capital, la Belgique prélève environ 16,5% d’impôt + ces petites taxes INAMI et solidarité ; si vous vivez en France, vous déclarez en France et obtenez un crédit d’impôt pour éviter la double taxation
France
Le 2e pilier en France, c’est l’Agirc-Arrco, une retraite supplémentaire obligatoire pour tous les salariés du privé, y compris les frontaliers qui valident des trimestres via les règles européennes.
Chaque mois, sur votre bulletin de paie, employeur et salarié versent ensemble des cotisations (environ 17% sur les bas salaires, jusqu’à 37% sur les hauts). Cela donne des points retraite (par exemple, en 2025, 1 point coûte environ 20,19 € à acquérir).Dès 62 ans (plein taux à 67), vous touchez une rente mensuelle à vie basée sur vos points (valeur service autour de 1,44 € en 2025). Il n’est pas possible de sortir en capital, sauf au décès pour les proches. C’est imposable en France au barème progressif + prélèvements sociaux 17,2%. Et si votre conjoint décède, vous avez droit à 54% de sa rente.
Le 3e pilier : votre épargne personnelle (PER)
C’est volontaire, sauf si votre employeur impose un PER Obligatoire (PERO). Vous versez de l’argent (déductible des impôts jusqu’à 10% de vos revenus, environ 35 000 € max), placé en assurance ou fonds pour grandir. Pendant le travail, vous choisissez comment investir (actions, obligations), mais bloqué jusqu’à la retraite.
À la retraite, sortie en rente mensuelle (obligatoire pour le PERO) ou en capital (par exemple, 20% max par an). La rente est taxée comme un salaire normal ; le capital au PFU 30% ou barème.
Luxembourg
Le 2e pilier luxembourgeois (pension complémentaire employeur) est facultatif, mais courant (50% salariés) via contrats collectifs qui sont gérés par des assureurs/fonds,. Cela vient compléter la pension de base. Les cotisations supplémentaires représentent 2-6% salaire avec paiement majoritaire de l’employeur. Elles sont déductibles fiscalement et prélevées sur le salaire brut. En cours, la capitalisation est libre avec rendements marché. Il existe une possibilité de transfert entre employeurs, mais les retraits avant l’âge de départ sont rares (invalidité).
Les options à la retraite
À 65 ans, vous choisissez selon votre contrat : une rente mensuelle à vie (comme un salaire continu) ou un capital en une fois (ou en tranches jusqu’à 75 ans). Le Luxembourg prélève un impôt plat (environ 10-20%, selon les cas), puis en France (votre résidence), vous déclarez et avez un crédit d’impôt pour éviter de payer deux fois. Si vous décédez, l’argent va à vos bénéficiaires désignés.
Le 3e pilier
C’est une épargne volontaire, comme un livret spécial retraite. Vous versez jusqu’à 1 920 € par an si seul (3 840 € en couple), et c’est déductible de vos impôts luxembourgeois. L’argent grandit librement (placements assurance ou fonds). Dès 60 ans, sortez en capital total, en rente mensuelle, ou mixé – exonéré au Luxembourg si vous avez payé les cotisations à l’avance, mais imposable en France où vous vivez.
Suisse
Le 2e pilier en Suisse, appelé LPP (prévoyance professionnelle), est une épargne retraite obligatoire si vous gagnez plus de 22 680 CHF par an (en 2025). Elle concerne tous les salariés, et vous cotisez jusqu’à 65 ans (ou 70 ans si votre contrat le prévoit).
Chaque mois, vous et votre employeur mettez de côté un pourcentage de votre salaire « coordonné » (votre brut moins 26 460 CHF de déduction AVS). Le taux augmente avec l’âge : 7% entre 25-34 ans, 10% à 35-44 ans, 15% à 45-54 ans, et 18% après 55 ans. C’est partagé à 50/50 minimum (vous payez par exemple 9% si 18% total, employeur pareil).
Si vous changez d’emploi, tout est transféré gratuitement dans une nouvelle caisse. Vous ne pouvez pas retirer avant, sauf dans certains cas, comme pour acheter une maison (minimum 20 000 CHF, avec impôts réduits).
À 65 ans vous avez le choix entre une rente mensuelle à vie (minimum 60% de votre ancien salaire coordonné) ou tout en capital d’un coup.
Le 3eme pilier
C’est volontaire. Le 3a « lié » vous laisse déduire jusqu’à 7 056 CHF par an des impôts suisses (pour quasi-résidents comme frontaliers genevois). L’argent est bloqué jusqu’à la retraite, placé en assurance ou fonds. La sortie se fait en rente ou en capital. Le 3b est libre (sans plafond, sans déduction), plus flexible mais comporte moins d’avantages fiscaux. Pour les frontaliers qui paient leurs impôts en France, cela n’a pas d’impact.