L’année 2026 s’accompagne de plusieurs évolutions du cadre juridique suisse en matière de droit du travail, de fiscalité et de protection sociale, avec des incidences concrètes pour les salariés frontaliers. Pérennisation des règles applicables au télétravail franco-suisse, révision de certains salaires minimums cantonaux, adaptations fiscales cantonales et ajustements des prestations sociales figurent parmi les principales mesures entrant en vigueur au 1er janvier. Le présent article fait le point sur ces nouveautés.
DROIT DU TRAVAIL
Révision des salaires minimums cantonaux
Au 1er janvier 2026, plusieurs cantons frontaliers procèdent à l’indexation de leur salaire minimum sur le coût de la vie. À Genève, le salaire minimum horaire s’élève désormais à 24,59 CHF, contre 24,48 CHF l’année précédente. Le canton de Neuchâtel suit une trajectoire similaire avec un seuil fixé à 21,35 CHF de l’heure, tandis que le Jura maintient un montant de 21,40 CHF. Ces ajustements garantissent le maintien du pouvoir d’achat des salariés occupant des postes au salaire minimum ou dans les secteurs non couverts par une convention collective de travail (CCT).
FISCALITÉ
Avenant télétravail FR-CH
L’avenant à la convention fiscale franco-suisse, signé le 25 juillet 2025, s’applique à compter du 1er janvier 2026.
D’une part, cet avenant pérennise les règles en vigueur depuis le 1er janvier 2023. Il confirme ainsi la possibilité, pour un travailleur frontalier résident de France, d’exercer jusqu’à 40 % de son activité annuelle en télétravail sans que cela ne remette en cause le droit d’imposition de la Suisse. Ce seuil inclut dix jours de missions temporaires effectuées à l’étranger. En cas de dépassement de cette limite, le droit d’imposition des jours télétravaillés est transféré à la France.
D’autre part, l’avenant instaure un échange automatique de données salariales entre les administrations fiscales française et suisse, afin d’assurer l’effectivité du dispositif.
À ce titre, les administrations concernées échangeront, par voie électronique et au plus tard le 30 novembre de l’année suivant celle du versement des rémunérations, les informations relatives aux salariés concernés, incluant notamment leurs coordonnées, leurs revenus bruts ainsi que le nombre de jours de télétravail effectués.
Il est précisé que la première transmission interviendra en 2027, au titre de l’activité exercée en 2026.
NB : il est rappelé que le seuil fiscal de télétravail évoqué (40%) ne doit pas être confondu avec les règles applicables en matière de sécurité sociale, lesquelles obéissent à une logique distincte : à ce titre, un salarié peut télétravailler jusqu’à 49,9 % de son temps de travail ou de sa rémunération pour un employeur établi à l’étranger sans risque de basculer à la sécurité sociale de son pays de résidence.
Prise en charge des frais kilométriques
Dès le 1er janvier 2026, la norme de prise en charge des frais kilométriques passe de 0.70 cts à 0.75 cts.
Barèmes de l’impôt dans le canton de Genève
Un nouveau barème de l’impôt est entré en vigueur au 1er janvier 2026 concernant les salariés employés dans le canton de Genève. Pour rappel et sauf exceptions, les frontaliers qui travaillent à Genève sont redevables de l’impôt sur leurs revenus en Suisse suivant un barème d’impôts prélevés à la source. Le barème tient compte de la situation familiale ainsi que du nombre d’enfants.
Ces nouveaux barèmes prennent davantage en considération la situation familiale pour le calcul du taux d’imposition et sont disponibles ici : https://www.ge.ch/document/41802/telecharger .
SÉCURITÉ SOCIALE
13ème rente AVS
Le droit suisse prévoit qu’à partir de 2026, une 13ème rente sera versée à tous les titulaires d’une rente de vieillesse versée par l’AVS. Le premier versement aura lieu en décembre prochain et s’élèvera à 1/12ème de la rente annuelle. Le versement sera automatique, aucune démarche particulière n’est à effectuer.
Attention : cette nouvelle mesure ne concerne que les titulaires d’une rente de vieillesse. Les rentes de survivants (veuves/veufs/orphelins) et rentes d’invalidité continueront d’être versées 12 fois par an.
Nouvelle étape dans l’harmonisation de l’âge de départ à la retraite entre les hommes et les femmes
Avant la réforme de l’AVS entrée en vigueur le 1er janvier 2024, l’âge légal de départ à la retraite différait selon le sexe de l’assuré : 64 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes. Cette réforme prévoit une harmonisation progressive de l’âge légal de départ (dit « âge de référence »), fixé à 65 ans pour tous.
L’augmentation de l’âge de référence pour les femmes s’opère par étapes. Après avoir été porté à 64 ans et 3 mois en 2025 pour les femmes nées en 1961, il est relevé à 64 ans et 6 mois en 2026 pour celles nées en 1962.
Augmentation des primes d’assurance
L’Office fédéral de la santé publique annonce que les primes d’assurance-maladie de base en Suisse vont augmenter en moyenne de ~4,4 % en 2026 (environ CHF 393,30/mois) compte-tenu de la hausse du coût des soins (soins plus demandés, population qui vieillit, technologies coûteuses, etc.).
Augmentation du montant des allocations familiales dans les cantons des Grisons et d’Argovie
Dans le canton des Grisons, les allocations pour enfants et de formation seront chacune revalorisées de CHF 10 par mois, atteignant respectivement CHF 240 et CHF 290.
Dans le canton d’Argovie, les allocations pour enfants et de formation seront également chacune revalorisées de CHF 10 par mois, portant leurs montants à CHF 225 et CHF 278.
Possibilité de rachat rétroactif pour le 3ème pilier (3a)
Une réforme majeure de la prévoyance liée entre en vigueur au 1er janvier 2026. Jusqu’à présent, une cotisation manquée pour le Pilier 3a était définitivement perdue. Désormais, les assurés pourront effectuer des rachats rétroactifs pour combler les lacunes de cotisation des dix années précédentes. Pour les travailleurs frontaliers imposés à la source, cette mesure offre un levier d’optimisation fiscale supplémentaire car ces versements de rattrapage sont, sous certaines conditions, déductibles du revenu imposable, permettant ainsi de réduire leur charge fiscale tout en renforçant leur épargne retraite.