Entreprendre à l’étranger · Allemagne
Gewerbe ou profession libérale, retraite, impôts, TVA : les règles pour créer votre activité en Allemagne tout en vivant en France.
Informations vérifiées le 31 août 2026L’essentiel
- Première question, tout en découle : votre activité est-elle un Gewerbe (commerce, artisanat) ou une profession libérale (freier Beruf) ?
- Pas de régime général obligatoire de sécurité sociale pour les indépendants — mais l’assurance retraite est obligatoire pour certaines catégories (artisans, enseignants et formateurs, artistes…).
- Une assurance maladie est indispensable : GKV volontaire ou assurance privée ; vos soins en France passent par le document S1.
- Pas de régime fiscal frontalier pour les indépendants : bénéfices imposés en Allemagne si vous y avez une installation permanente, déclarés en France (2047).
- TVA : franchise allemande (Kleinunternehmer) si CA ≤ 25 000 € — accessible aussi depuis la France via le régime européen des petites entreprises.
- Assurance chômage : possible sur demande volontaire — dans les 3 mois du début d’activité, ne ratez pas la fenêtre.
1. Gewerbe ou profession libérale : la distinction qui commande tout
Gewerbe (commerce, artisanat, industrie)
Gewerbeanmeldung auprès de la commune du siège d’exploitation (quelques dizaines d’euros selon la commune — 20 € à Hambourg par exemple). Soumis à la Gewerbesteuer au-delà de 24 500 € de bénéfice. Affiliation à l’IHK ou à la Handwerkskammer.
Freier Beruf (professions libérales)
Pas de Gewerbeanmeldung, pas de Gewerbesteuer : une simple déclaration au Finanzamt via le « Fragebogen zur steuerlichen Erfassung » (en ligne sur ELSTER), dans le mois suivant le début d’activité.
2. Artisans : deux voies très différentes
Vous restez établi en France et intervenez ponctuellement en Allemagne ? Pour les métiers de l’annexe A (à qualification obligatoire), une déclaration préalable à la Handwerkskammer suffit avant la première prestation, renouvelable tous les 12 mois sans formalité — pas d’inscription à la Handwerksrolle.
Vous vous installez durablement en Allemagne ? Vos qualifications françaises peuvent être reconnues sans Meisterbrief : la Handwerkskammer délivre une autorisation d’exception (§9 HwO) notamment après 6 ans d’exercice continu comme indépendant ou dirigeant (réduits à 3-4 ans avec une formation préalable). Frais : de 50 à 500 €.
3. Sécurité sociale : un système à la carte — et un piège retraite
Indépendant en Allemagne et résident en France, vous relevez du système allemand (règlement CE 883/2004). Or l’Allemagne ne connaît pas de régime unique des indépendants :
| Assurance | Règle pour l’indépendant en Allemagne |
|---|---|
| Retraite (DRV) | Obligatoire pour certaines catégories : artisans inscrits, enseignants et formateurs, professions de soins, artistes et publicistes, indépendants à donneur d’ordre unique. Vérifiez votre cas auprès de la Deutsche Rentenversicherung. |
| Maladie | Obligation de se couvrir : GKV en adhésion volontaire ou assurance privée (PKV). Soins en France via le document S1. |
| Chômage | Assurance volontaire sur demande : au moins 15 h/semaine d’activité, 12 mois d’assurance obligatoire dans les 30 derniers mois, demande dans les 3 mois du début d’activité. Cotisation forfaitaire, réduite de moitié les deux premières années. |
| Artistes / publicistes | Künstlersozialkasse : couverture retraite-maladie-dépendance en ne payant que la moitié des cotisations. |
Mise à jour le 31/08/2026 — sources : Deutsche Rentenversicherung, Bundesagentur für Arbeit, Commission européenne (liens en bas de page).
4. Impôts : imposition en Allemagne si installation permanente
La convention fiscale franco-allemande de 1959 pose la même logique que partout : vos bénéfices sont imposés en Allemagne si vous y disposez d’un établissement stable (Gewerbe) ou d’une installation permanente utilisée régulièrement (profession libérale). Sans installation en Allemagne, l’imposition reste en France. Le régime frontalier de la zone frontalière ? Il ne vise que les salaires — pas vos bénéfices.
En pratique : déclaration allemande au Finanzamt (Einkommensteuererklärung), et côté France, annexe 2047 avec report sur la 2042 — la double imposition est éliminée conformément à la convention. Pour les Gewerbe, la Gewerbesteuer ne se déclenche qu’au-delà de 24 500 € de bénéfice et s’impute largement sur l’impôt sur le revenu.
5. TVA : la franchise allemande est à votre portée
Le statut de Kleinunternehmer (§19 UStG, seuils réformés en 2025) : franchise de TVA si votre chiffre d’affaires de l’année précédente n’a pas dépassé 25 000 € et reste sous 100 000 € l’année en cours — attention, le dépassement en cours d’année fait sortir du régime immédiatement, dès l’opération qui franchit le seuil.
Depuis 2025, une entreprise établie en France peut bénéficier de cette franchise allemande via le régime européen des petites entreprises (chiffre d’affaires UE sous 100 000 €) : notification via votre espace professionnel impots.gouv.fr, numéro d’exemption « EX ». Pour vos factures B2B hors franchise : autoliquidation par le client, mention « Steuerschuldnerschaft des Leistungsempfängers », numéro USt-IdNr gratuit auprès du BZSt (cochez la case dans le Fragebogen dès la création).
Questions fréquentes
Dois-je habiter en Allemagne pour y créer mon activité ?
Non. La liberté d’établissement européenne vous permet de créer votre activité en Allemagne en résidant en France. C’est le lieu d’exercice qui détermine vos obligations, pas votre domicile.
Un indépendant en Allemagne cotise-t-il obligatoirement pour sa retraite ?
Pas toujours — c’est le piège. L’assurance retraite légale est obligatoire pour certaines catégories seulement (artisans inscrits, enseignants et formateurs, professions de soins, artistes, indépendants à client unique). Les autres doivent organiser leur retraite eux-mêmes ou s’assurer volontairement.
Le régime fiscal frontalier s’applique-t-il à mes bénéfices ?
Non. Le régime frontalier franco-allemand (imposition en France) ne concerne que les revenus du travail salarié en zone frontalière. Vos bénéfices d’indépendant suivent la règle de l’installation permanente.
Je suis salarié frontalier en Allemagne et je veux créer une micro-entreprise en France. Où vais-je cotiser ?
En Allemagne, pour l’ensemble de vos activités : l’activité salariée prime (règlement CE 883/2004, art. 13 §3). Votre micro-entreprise française ne cotisera pas au micro-social français. Lisez notre page dédiée au cumul avant de vous lancer.
Artisan établi en France, puis-je faire des chantiers en Allemagne sans m’y installer ?
Oui, pour des prestations temporaires ou occasionnelles : déclaration préalable à la Handwerkskammer pour les métiers de l’annexe A, renouvelable tous les 12 mois. Votre entreprise reste française. Si vous détachez des salariés, d’autres obligations s’ajoutent — voyez le détachement.
Pour aller plus loin :
→ Indépendant transfrontalier : les principes (sécurité sociale, impôts, A1)
→ Salarié frontalier et micro-entreprise : le cumul
→ Démarches officielles : ELSTER (Finanzamt) · Deutsche Rentenversicherung · Arbeitsagentur (assurance chômage volontaire)
Sources officielles consultées le 31/08/2026 : IHK (Gewerbeanmeldung, freie Berufe) · Handwerkskammer (prestation transfrontalière) · DRV (retraite obligatoire des indépendants) · DRV (Statusfeststellung) · Bundesagentur für Arbeit (chômage volontaire) · Convention fiscale FR-DE 1959 · BZSt (franchise TVA européenne) · CLEISS (document S1). Cette page présente des informations générales ; elle ne remplace pas un conseil individualisé.