Entreprendre à l’étranger · Luxembourg
Vous vivez en France et vous voulez créer votre activité au Luxembourg ? Voici ce qui change vraiment pour vous : sécurité sociale, impôts, TVA et chômage. Sans jargon, sans démarchage.
Informations vérifiées le 31 août 2026L’essentiel
- Vous pouvez créer votre entreprise au Luxembourg sans y habiter : la liberté d’établissement européenne vous le garantit.
- Mais il vous faut une installation matérielle réelle au Luxembourg et y assurer la gestion journalière par une présence physique : une simple domiciliation ne suffit pas.
- Vous cotisez au Luxembourg (CCSS), pas en France : environ 25 % du revenu professionnel en 2026.
- Vos bénéfices sont imposés au Luxembourg, mais attention : le mécanisme fiscal n’est pas celui des salariés frontaliers — un complément d’impôt peut être dû en France.
- Après 2 ans d’affiliation, vous avez des droits au chômage auprès de l’ADEM, même en résidant en France.
1. L’autorisation d’établissement : le passage obligé
Toute activité commerciale, toute activité artisanale et certaines professions libérales exigent une autorisation d’établissement avant de commencer. Trois conditions cumulatives : une qualification professionnelle correspondant à l’activité, l’honorabilité professionnelle, et une installation matérielle appropriée au Luxembourg. Le dirigeant doit en outre assurer effectivement et en permanence la gestion journalière de l’entreprise, par une présence physique dans l’établissement.
Votre lieu d’exploitation doit être réel : local, atelier, bureau. Si votre projet est de travailler depuis la France pour des clients luxembourgeois, ce n’est pas une création d’entreprise au Luxembourg — voyez plutôt les principes de l’indépendant transfrontalier.
2. Sécurité sociale : vous cotisez au Luxembourg
La règle européenne est simple : vous êtes affilié dans le pays où vous exercez, pas dans celui où vous résidez (règlement CE 883/2004, art. 11). Indépendant au Luxembourg et résident en France, vous relevez donc du Centre commun de la sécurité sociale (CCSS) : déclaration d’entrée pour travailleurs indépendants, cotisations part salariale et part patronale à votre charge.
| Risque | Taux 2026 (indicatif) |
|---|---|
| Assurance maladie (CNS) | 5,60 % + 0,50 % (prestations en espèces) |
| Assurance pension | 17 % (relevé de 16 % au 1er janvier 2026) |
| Assurance dépendance | 1,40 % (sans plafond) |
| Assurance accident | Taux de base modulé bonus-malus |
| Total | ≈ 25 % du revenu professionnel |
Mise à jour le 31/08/2026 — taux courants : paramètres sociaux du CCSS. Assiette comprise entre le salaire social minimum et 5 fois celui-ci (réduction possible sur demande si votre revenu est inférieur au SSM).
Bon à savoir : la Mutualité des employeurs est facultative pour l’indépendant. Elle rembourse 80 % de l’assiette cotisable en cas d’incapacité de travail — demandez l’adhésion dans les 3 mois suivant le début de l’affiliation pour être couvert immédiatement.
Conséquence côté France : affilié au seul régime luxembourgeois, vous n’êtes pas redevable de la CSG-CRDS sur ces revenus d’activité.
3. Impôts : le piège que les salariés frontaliers ne connaissent pas
Vos bénéfices sont imposables au Luxembourg dès lors que votre activité s’y exerce par un établissement stable (convention fiscale franco-luxembourgeoise du 20 mars 2018, art. 7). Vous déposez chaque année la déclaration luxembourgeoise (modèle 100), au plus tard le 31 décembre de l’année suivante.
En pratique, résident français, vous déclarez ces revenus sur l’annexe 2047, reportée sur votre déclaration 2042. Il n’existe aucun « régime frontalier » fiscal pour les indépendants : ce statut n’existe que pour certains salariés.
4. TVA : inscription rapide, franchise possible
Inscrivez-vous à la TVA auprès de l’Administration de l’enregistrement (AED) dans les 15 jours du début d’activité — et avant toute prestation intra-UE. Si votre chiffre d’affaires annuel reste sous 50 000 €, vous relevez de la franchise luxembourgeoise. Depuis 2025, une petite entreprise luxembourgeoise peut aussi bénéficier de la franchise dans les autres pays de l’UE (dont la France) sous un plafond de 100 000 € de chiffre d’affaires européen, via une notification préalable à l’AED (numéro « EX »).
Pour vos prestations de services : entre professionnels (B2B), la TVA est due dans le pays du client, qui l’autoliquide ; envers des particuliers (B2C), c’est en principe la TVA luxembourgeoise qui s’applique.
5. Chômage : de vrais droits, sous conditions
Contrairement à une idée reçue, l’ancien indépendant frontalier peut être indemnisé au Luxembourg par l’ADEM, même domicilié en France : au moins 2 ans d’affiliation obligatoire à la sécurité sociale luxembourgeoise, une cessation pour raisons économiques, médicales ou par fait d’un tiers, au moins 6 mois d’activité avant l’inscription — et inscrivez-vous dans les 2 semaines suivant la cessation. Détails sur adem.public.lu.
Questions fréquentes
Puis-je créer ma société au Luxembourg avec une simple adresse de domiciliation ?
Non. L’autorisation d’établissement exige une installation matérielle appropriée au Luxembourg et une gestion journalière assurée par une présence physique dans l’établissement. Un local réel est indispensable ; une boîte aux lettres ne passe pas le contrôle.
Je suis salarié frontalier au Luxembourg et je veux créer une micro-entreprise en France. Quelles conséquences ?
Cas très fréquent, et très piégeux : votre activité salariée luxembourgeoise « aspire » votre activité indépendante française — vous cotisez au CCSS pour les deux. Lisez notre page dédiée : salarié frontalier et micro-entreprise, les règles du cumul.
Bénéficierai-je du régime fiscal des frontaliers ?
Non. Les mécanismes favorables réservés aux salaires ne s’appliquent pas aux bénéfices d’indépendant : vos bénéfices luxembourgeois ouvrent droit à un crédit d’impôt limité à l’impôt luxembourgeois payé, et un complément peut rester dû en France.
Dois-je payer la CSG et la CRDS en France ?
Non, pas sur vos revenus d’activité : la CSG-CRDS suppose d’être à la charge d’un régime obligatoire français d’assurance maladie. Affilié à la CNS luxembourgeoise, vous êtes hors champ.
Et si je veux seulement faire des missions ponctuelles au Luxembourg depuis la France ?
Si votre entreprise reste établie en France et intervient ponctuellement au Luxembourg, vous n’avez pas à créer d’entreprise luxembourgeoise — renseignez-vous sur la libre prestation de services et, si vous employez des salariés, sur le détachement.
Pour aller plus loin :
→ Indépendant transfrontalier : les principes (sécurité sociale, impôts, A1)
→ Salarié frontalier et micro-entreprise : le cumul
→ Démarches officielles : guichet.public.lu · ccss.public.lu · impotsdirects.public.lu
Sources officielles consultées le 31/08/2026 : guichet.public.lu (autorisation d’établissement) · guichet.public.lu (affiliation indépendant) · CCSS (paramètres sociaux) · BOFiP (convention FR-LU 2018) · guichet.public.lu (TVA) · ADEM (chômage des indépendants frontaliers) · CLEISS (règlement 883/2004). Cette page présente des informations générales ; elle ne remplace pas un conseil individualisé.