L’essentiel
- La transmission électronique ne fonctionne pas pour vous. Le portail du ministère fédéral de la Santé classe les arrêts délivrés à l’étranger parmi les exceptions à l’eAU : votre médecin français n’est pas raccordé au réseau allemand.
- Vous êtes donc le seul de l’entreprise à devoir encore tout envoyer vous-même : à l’employeur et à la Krankenkasse.
- Le délai qui coûte cher : 7 jours pour que la caisse reçoive l’attestation. Au-delà, le Krankengeld est suspendu — et le retard postal est à votre charge.
- Une prolongation doit être établie au plus tard le jour ouvré suivant la fin de l’arrêt précédent, sinon la chaîne est rompue.
À quoi sert ce document
Travailler en Allemagne en résidant en France vous rattache à une caisse maladie allemande, la Krankenkasse. C’est elle, et non votre CPAM, qui verse les indemnités journalières. Le règlement européen 987/2009 prévoit expressément que vous demandiez le certificat à un médecin de votre pays de résidence : l’arrêt français est valable. Mais ce sont les délais allemands qui s’appliquent, et c’est à vous de faire circuler les documents, puisque le circuit électronique allemand s’arrête à la frontière.
| En un coup d’œil | |
|---|---|
| Le document | L’attestation d’incapacité de travail — Arbeitsunfähigkeitsbescheinigung. Votre médecin français délivre son avis d’arrêt de travail habituel : il en tient lieu. |
| Qui le délivre | Votre médecin traitant, en France comme en Allemagne. Demandez-lui de mentionner explicitement l’incapacité de travail et sa durée probable, pas seulement la maladie. |
| À qui | Deux destinataires distincts : votre employeur allemand et votre Krankenkasse. Rien ne part à la CPAM. |
| Prévenir l’employeur | Immédiatement (umgehend), avant votre prise de poste. La dispense de production introduite avec l’eAU n’a pas supprimé l’obligation d’annonce. |
| Délai vers la caisse | 7 jours. Passé ce terme, le Krankengeld est suspendu pour la période antérieure à la déclaration. |
| Qui vous paie | Votre employeur pendant 6 semaines (Entgeltfortzahlung), à condition d’avoir au moins 4 semaines d’ancienneté. Puis la Krankenkasse (Krankengeld). |
| Combien | 70 % du brut dans la limite du plafond de cotisation, sans dépasser 90 % du dernier net. Le plafond d’assurance maladie 2026 est fixé à 5 812,50 € par mois. |
| Combien de temps | 78 semaines sur 3 ans, maintien de salaire inclus. |
Faites glisser le tableau vers la gauche pour tout voir.
Les étapes, dans l’ordre
- Le matin mêmePrévenez votre employeur allemand avant l’heure de prise de poste, par le canal prévu à votre contrat. N’attendez pas d’avoir vu le médecin.
- Le jour même ou le lendemainConsultez et faites rédiger l’arrêt. Demandez que le certificat distingue clairement la maladie de l’incapacité de travail : la Cour fédérale du travail conditionne à cette distinction la présomption de validité reconnue aux certificats délivrés dans l’Union.
- Dans la fouléeTransmettez le justificatif à votre employeur. En pratique : un scan par courriel pour horodater, puis l’original par courrier.
- Dans les 7 jours suivant le début de l’arrêtFaites parvenir l’attestation à votre Krankenkasse. C’est le délai décisif, et il court dès le premier jour d’incapacité. Envoyez en suivi : le risque de transmission pèse sur vous.
- Semaines 1 à 6Votre employeur maintient votre salaire. Ce droit ne s’ouvre qu’après quatre semaines d’ancienneté.
- Avant la fin de chaque arrêtFaites établir la prolongation au plus tard le jour ouvré suivant. Si votre arrêt se termine un vendredi, la prolongation doit être datée du lundi : pas plus tard.
- À partir de la 7e semaineLa Krankenkasse verse le Krankengeld directement sur votre compte, sans passer par votre employeur.
- À la repriseInformez votre employeur. Et pensez à demander votre formulaire S1 à la caisse si vous ne l’avez pas encore déposé à votre CPAM : c’est lui qui couvre vos soins en France.
Les pièges à éviter
- Croire que l’eAU vous dispense d’envoyer quoi que ce soit. C’est l’erreur numéro un, et elle est logique : vos collègues allemands n’envoient plus rien depuis 2023. Le portail du ministère fédéral de la Santé range pourtant les arrêts venus de l’étranger parmi les exceptions. Personne dans l’entreprise ne pensera à vous le dire.
- Rater les 7 jours vers la caisse. Le délai court dès le premier jour d’incapacité, le risque de transmission pèse sur l’assuré, et les jours fériés ne l’excusent pas. Un pont de mai plus un courrier lent, et le Krankengeld saute.
- Envoyer les volets à la CPAM par réflexe. Elle ne verse aucune indemnité journalière au frontalier : les prestations en espèces relèvent de l’organisme du pays d’emploi. Le dossier se perd et le délai continue de courir.
- Un arrêt français trop laconique. La présomption de validité suppose que le médecin ait distingué la maladie de l’incapacité de travail. Un certificat qui se contente d’un motif fragilise le dossier.
- La prolongation décalée. Un médecin français propose volontiers un rendez-vous « la semaine prochaine ». En droit allemand, la prolongation doit être établie au plus tard le jour ouvré suivant la fin de l’arrêt : entre les deux, la chaîne est rompue et l’indemnisation s’interrompt.
- Payer une traduction. La caisse ne peut pas exiger que vous traduisiez vos certificats : elle doit les faire traduire à ses frais.
- Oublier le S1. Il se demande à la Krankenkasse avant d’en avoir besoin, puis se dépose à la CPAM. Sans lui, vos soins en France ne sont pas pris en charge.
Questions fréquentes
Mon médecin traitant est à Sarreguemines. Son arrêt est-il valable pour mon employeur allemand ?
Oui. Le règlement européen 987/2009 prévoit expressément que vous demandiez au médecin de votre pays de résidence d’attester votre incapacité et sa durée probable. La Cour fédérale du travail a jugé en janvier 2025 que les certificats délivrés dans un pays de l’Union bénéficient de la même valeur probante que les certificats allemands, à condition que le médecin ait bien distingué la maladie de l’incapacité de travail.
Mes collègues ne renvoient plus rien depuis l’eAU. Pourquoi moi si ?
Parce que le portail officiel du ministère fédéral de la Santé exclut expressément les arrêts délivrés à l’étranger du circuit électronique. Un médecin français n’est pas raccordé à l’infrastructure télématique allemande. Vous restez en procédure papier intégrale : employeur et Krankenkasse.
J’ai envoyé l’arrêt à la caisse au bout de dix jours. Que se passe-t-il ?
Le Krankengeld est suspendu pour la période antérieure à la déclaration. Le Tribunal fédéral social a confirmé cette suspension en précisant que le risque de transmission pèse sur l’assuré et que les jours fériés ne l’excusent pas.
Qui me paie pendant mon arrêt ?
Votre employeur pendant six semaines, si vous avez au moins quatre semaines d’ancienneté. Ensuite la Krankenkasse : 70 % de votre brut dans la limite du plafond de cotisation, sans dépasser 90 % de votre dernier net, pendant 78 semaines au maximum sur trois ans, maintien de salaire compris.
Puis-je rester chez moi en France pendant mon arrêt ?
Oui : c’est votre résidence, pas un séjour à l’étranger. La caisse allemande peut cependant demander à l’institution française de vous convoquer pour un contrôle administratif ou médical, et elle conserve la faculté de vous faire examiner par un médecin de son choix.
La caisse me réclame une traduction de mon arrêt. Dois-je la payer ?
Non. Le manuel publié par l’organisme fédéral chargé de l’égalité de traitement des travailleurs de l’Union est explicite : la caisse ne peut pas exiger de l’assuré qu’il traduise ses certificats, elle doit les faire traduire à ses propres frais.
Un Krankengeld suspendu ?
Poser votre question à un juristeSources officielles
- gesund.bund.de — L’attestation électronique d’incapacité de travail (eAU)
- Ministère fédéral de la Santé — Krankengeld
- EU-Gleichbehandlungsstelle — Sick pay (manuel des conditions de travail en Allemagne)
- Cour fédérale du travail — Valeur probante d’un certificat établi à l’étranger (5 AZR 284/24)
- Règlement (CE) n° 987/2009, article 27 — EUR-Lex
- ameli.fr — Travailleur frontalier : droits et prise en charge
Informations vérifiées le 3 septembre 2026. Les délais et procédures peuvent évoluer : en cas de doute, vérifiez auprès de l’organisme émetteur ou posez-nous la question. Retrouvez tous les documents du frontalier dans notre outil « quel formulaire pour ma situation ? ».